Pour la première fois depuis son existence en 1961, la Société Africaine de Raffinage (SAR) qui traitait jusqu'ici du pétrole importé, a débuté le raffinage du pétrole issu de la production de ses propres réserves. Le raffinage du pétrole brut au Sénégal est une étape essentielle vers l'indépendance énergétique et la baisse du coût de l'électricité. Cette première constitue une avancée majeure dans la stratégie globale de souveraineté énergétique du Sénégal.
Mais le raffinage local transformera-t-il réellement l'économie ou des défis financiers, économiques et environnementaux limiteront-ils son impact ?
Quels sont les enjeux du raffinage du pétrole par la SAR ?
Le raffinage du pétrole est un procédé industriel qui permet de transformer le pétrole brut en différents produits pétroliers finis. Le pétrole brut est transformé dans les raffineries en une série de produits de haute qualité tels que le GPL, le kérosène, l'essence, le diesel, le mazout et des matières premières de base pour l'industrie chimique.
Pourquoi raffiner son pétrole brut ?
Aujourd'hui, le Sénégal importe la quasi-totalité de ses produits pétroliers raffinés, ce qui expose le pays aux fluctuations des prix mondiaux. Raffiner localement permet donc de capter une partie des bénéfices qui reviendraient autrement aux raffineries étrangères.
Faisabilité et défis
Les défis sont de trois ordres : techniques, financiers et environnementaux.
- Techniques :
Modernisation de la SAR (Société Africaine de Raffinage) : Actuellement, la seule raffinerie du Sénégal, la SAR à Mbao, a une capacité limitée et doit être modernisée pour traiter efficacement le pétrole brut local.
Qualité du pétrole brut : Selon sa composition, le brut sénégalais pourrait nécessiter des technologies spécifiques pour être raffiné efficacement.
- Financiers et économiques :
Construire ou moderniser une raffinerie nécessite des investissements coûteux qui peuvent s'élever à plusieurs centaines de millions de dollars. D’où un recours à des financements publics, privés ou des partenariats public-privé.
Pour assurer sa rentabilité, une raffinerie doit fonctionner à pleine capacité, ce qui nécessite une demande locale et régionale suffisante pour maximiser la production.
- Enjeux environnementaux :
La gestion des déchets et des émissions constitue un problème environnemental de taille. Le raffinage du pétrole génère des polluants et des déchets toxiques, nécessitant des mesures strictes de contrôle environnemental et de respect des normes.
Retombées attendues
L'exploitation du champ Sangomar permettra de récupérer près de 630 millions de barils de pétrole et 2,4 TCF de gaz naturel. Avec des prévisions de production quotidienne estimées à 100 000 barils, le projet Sangomar pourrait générer près de 60 milliards de dollars en revenus pour le Sénégal sur 25 ans, selon les estimations.
Pour l'Etat du Sénégal, les retombées attendues sont :
- La réduction du coût de l'énergie :
Un approvisionnement local peut en effet contribuer à stabiliser les prix des carburants et de l'électricité.
- La création d'emplois :
Le secteur pétrolier représente un immense réservoir d'emplois directs et indirects. Construction, maintenance, exploitation de la raffinerie et développement d'industries connexes (chimie, logistique, transport, etc.).
- Les économies en devises :
Moins d'importations de produits pétroliers signifie une réduction des sorties de devises et par conséquent une bonne nouvelle pour les finances publiques.
- Le développement régional :
Le Sénégal a pour ambition de devenir un hub pétrolier en Afrique de l'Ouest et se positionne pour exporter des produits raffinés vers des pays voisins.